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Changer soi même pour que le monde change

Changer soi même pour que le monde change

La fable du chêne transformé par le sapin

En plein cœur de la forêt, un arbre satisfait de lui-même étend ses branches empruntes de beaux discours. Le vent de la vie, amusé par tant de crédulité, décide d'éprouver cet être qui n'est que paraître. Il donne un souffle de vie nouveau et, en un rien de temps, un nouvel arbre fait apparition...

Bienvenue! dit-il d'un air bienveillant, mais non sans arrogance. Je suis l'arbre au cœur de la forêt et je connais les environs mieux que toi, si tu suis mes conseils, tu deviendras aussi beau et fort que moi!

Le nouvel arbre plein de naïveté lui demande :

  • Comment pourrais-je être aussi beau et fort que toi, toi qui a la force et la prestance d'un chêne!? Je ne suis qu'un simple sapin et je ne pourrai jamais atteindre ni ta grandeur ni ta force, et la dureté de mes épines ne rivalise pas avec la grâce de ton feuillage.

Le chêne flatté répond fièrement :

- Tu as raison pour ce qui est de l'apparence, tu ne pourras jamais être beau et fort comme moi, mais grâce à ma connaissance, tu pourras extraire de la terre tout ce dont tu as besoin pour nourrir ton être intérieur!

Le sapin, intrigué rétorque :

- Comment sais-tu ce qui est bon pour moi? Tu n'es que chêne, et tu n'as goûté qu'à ce à quoi tu as été destiné. Peut-être ai-je besoin de nourriture différente car toi et moi sommes par nature différents.

L'arbre au cœur de la forêt, irrité par l'insolence de cet autre et déstabilisé par tant de questions, sent ses racines pleines de convictions se tordre dans les tréfonds de son moi intérieur, l'écorce de confiance se met à craqueler, la douce sève qui le nourrit depuis toujours se transforme en amertume, les branches de fierté se recroquevillent; et, peu à peu les feuilles de certitudes tombent une à une. Secoué, le grand arbre demande, emprunt de désespoir :

- Qu'as-tu fais de moi?!!??! J'étais le plus beau et le plus fort de la forêt, et voilà qu'à ton arrivée, ma beauté s'assombrit sous le joug de tes questions et que ma force est ébranlée sous l'effet de ta naïveté!

Le sapin lui répond d'une voix douce, mais ferme :

- Mes questions ne sont que le reflet de ta remise en question, et ma naïveté n'est que le voile de ta propre naïveté.

Un vent glacial parcourt chaque racine du chêne, traverse le tronc plein de conviction, se répand dans les branches de fierté pour secouer les feuilles de certitude; et peu à peu il est gagné par l'aridité du doute et l'hiver de la solitude. L'écorce de son cœur se met à gémir :

- J'étais enraciné dans mes convictions et je me croyais à peu près accompli, désormais je suis enchainé au doute et j'ai perdu tout mon éclat!!! Que puis-je faire pour paraître de nouveau le meilleur?

Le nouvel arbre lui répond calmement :

- La solution gît à tes pieds, cherche, creuse, au plus profond de tes entrailles et soit conscient de chaque partie d'elles, de la meilleure comme de la pire. Arrête-toi sur tes mauvaises racines et travaille dessus avec patience et persévérance. Pour cela, arme-toi de courage...

- Très bien, très bien!! Je ne ferai que cela!! l'interrompt le chêne enchainé par la peur, je lutterai jusqu'à ce que les mauvaises graines que j'ai en moi se transforment en graines plus fécondes, et...

- Ah, mais je n'ai pas fini, reprend le sapin, prends garde à toi!! Car tes bonnes graines peuvent renfermer plus de mal que les mauvaises! Oui, l'arrogance de tes qualités peut ensevelir le pire des maux, à savoir la suffisance. L'éclat de tes propres qualités peut t'aveugler à toi même, car comment laisser place à l'Autre lorsque tu te complais dans ta vertu? En cela, arme-toi doublement de courage pour défricher le mal qui gît dans ton bien.

Le chêne, en plein désarroi se morfond :

- Tu me demandes de détruire mes mauvaises graines et de combattre également les bonnes que je porte en moi, mais que me reste-t-il alors? Je ne sais qui tu es, je ne sais plus qui je suis... je suis prêt à t'accepter dans mon univers tel que tu es, mais tu dois m'aider à trouver qui je suis! Je n'ai plus rien, plus rien sinon le doute, la peur et la souffrance! Aide-moi...

Le sapin, touché par la sincérité et l'humilité de son voisin, lui dit d'une voix rassurante :

- Tu n'as plus rien pour mieux tout avoir! Si tu veux vivre pleinement, c'est à dire en partage avec l'Autre, en partage avec moi, et surtout en véritable paix avec toi, tu dois tout déconstruire afin, non pas tant de paraître le plus beau, mais d'être le plus juste.

Le chêne avoue :

- Je réalise que j'ai toujours eu un vide, je vivais par moi, mais sans paix intérieure. Je tentais de paraître pour mieux cacher mon non-être. A présent, j'accepte! Je t'accepte, tel que tu es, même si c'est au prix de doutes, de peurs, de souffrances... Etrangement, cette bataille intérieure me fait entrevoir les lueurs d'une paix véritable, avec toi, avec moi, avec les autres. L'égo de mon moi intérieur m'a longtemps voilé la richesse de l'Autre. Je souhaite alors poursuivre ce dialogue avec mon égo afin qu'on signe un pacte de paix, pour mieux accueillir des étrangers sur ma terre, pour qu'on la partage et qu'on la fructifie ensemble... et peut-être, un beau jour, d'autres arbres, de nouveaux fruits apparaîtront, et avec cette diversité, la forêt de la vie sera une perpétuelle source d'apprentissage et donc de richesse...

Le sapin conclut :

- Mon arrivée t'a déstabilisé, car j'ai détruit les forteresses de certitudes que tu as bâties par peur de l'Autre. Maintenant que tu as déposé les armes pour partir en bataille contre ton égo, et que tu as décidé de faire pleinement face au présent de la diversité, avec ses souffrances et ses leçons, ses incertitudes et ses dons, tu peux enfin aspirer à une paix véritable. Lorsque je suis arrivé, tu me voulais comme toi, mais tu n'as jamais été aussi loin de moi et encore plus de toi; maintenant que tu as accepté mon altérité, tu es désormais une partie de moi et je deviens une partie de toi.

Morale de la fable :

L'Autre, avec sa diversité, nous renvoie à notre propre miroir intérieur altéré par la rouille de l'égo. Si on travaille à polir de l'intérieur nos propres défauts et non sur les différences que l'on voit chez l'Autre, alors, peu à peu, le voile de l'ignorance se lèvera pour laisser place à l'Autre en tant que reflet de soi, et à soi, en tant que reflet de l'Autre. Changer soi même pour que le monde change*, changer soi-même pour mieux trouver l'Autre.

Conte écrit par Keltoum Boumedjane, et lu par elle à Caux, Initiatives et Changement, août 2008.

* Devise d’Initiatives et Changement, une ONG internationale de sensibilisation à la paix et à la réconciliation.

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