Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

La légende Mongole de la lumière humaine

 

Parmi les lueurs originelles, émanaient des premiers êtres humains leur propre lumière. En captant les éclats, ils se connaissaient, s’appréciaient, formaient une famille. Les anciens ne tuaient pas d’animaux, ils ne connaissaient pas la viande, ils n’avaient pas même idée qu’on puisse tuer pour manger.

A chaque naissance, un arbre poussait à côté d’un être. Et chacun se nourrissait des fruits multicolores de l’arbre. Il poussait et croissait sans fin, il ne s’épuisait jamais. Lorsque le maître retournait vers les steppes du ciel, l’arbre séchait et finissait par tomber. Les hommes vivaient alors sans avidité, dans la suffisance. Ils n’étaient pas harcelés par l’esprit du manque, ne faisaient de mal à personne et surtout pas à la nature. La Terre était belle, parfaite avec ses fleurs, ses douces pluies, l’arôme de ses plantes. A la lumière des corps, tout apparaissait dans une beauté parfaite. Sources, rivières coulaient en abondance, rehaussées par l’éclat de pierres précieuses étincelant à leurs pieds. Ils étaient tels des arbres humains partageant la même destinée, puisant aux ramures de leur être.

Au bord de la mer, sur le sable fin et soyeux, ils se rassemblaient pour danser et agir sur le monde afin de le rendre encore plus éclatant. Car la lumière humaine s’éclaircissait quand les hommes pensaient au beau, qu’ils avaient des paroles de reconnaissance envers leur Créateur. Ils comprirent qu’elle devenait plus terne quand ils avaient des pensées plus lourdes, quand ils se laissaient aller à dire des paroles malfaisantes. Mais parmi les premiers, était un homme dont la lumière s’était assombrie. Ses fruits étaient devenus moins goûteux, ceux des autres lui paraissaient si désirables… Il se retenait d’en prendre par respect pour cette loi : un homme, un arbre et ses fruits.

Mais un jour, une pensée fourbe lui vint. Emporté par le désir, il saisit à la dérobée un fruit sur l’arbre de son voisin, le mangea avec volupté dans l’ombre. Il avait un arôme exquis, un jus au goût acidulé. Même s’il pensait n’en manger qu’un seul et ne plus en reprendre, il se surprit à en cueillir un autre plus gros. Le goût était merveilleux et ce fruit rouge volé à un troisième lui donna envie de recommencer. Quand il se mit à mordre en cachette, le plaisir fut plus tenace et plus puissant. Tout en mangeant les fruits des autres sa lumière devint pâle, entraînant sans le savoir le monde vers l’obscurité.

Il fut rejoint par quelques uns, le vol se banalisa, se propagea : nombreux furent ceux qui s’habituèrent aux ténèbres. La quantité des lumineux diminua, celle des assombris s’accrut. Ainsi de suite, le monde entier plongea dans le noir.

Voilà comment vint le Déluge universel.

Seule la légende demeura,
Après cent mille ans de ténèbres,
Quand apparut le Soleil, merci au Créateur,
Le temps du singe était là,
Qui commençait notre ère.

Puis au fil des siècles le besoin de lumière augmenta. Le soleil a lui seul ne suffisait plus pour éclairer ce monde.

Les hommes décorèrent leur Maison-Terre avec des lueurs
Que les étoiles leur envièrent.
Ils ornèrent leur visage
De nouveaux rayons et de nouveaux éclats,
Cherchant la trace de cette lumière perdue
Qu’ils savaient pouvoir répandre.

Ainsi vont les hommes. La nostalgie touche les âmes et les visages s’illuminent, comme si tout se déroulait au même instant.

Partager cet article

Repost 0